lundi 24 novembre 2008

Comment je suis devenu chimiste

Dans le billet intitulé Les vertus du témoignage, nous évoquions la mise en scène du Système Périodique de Primo Levi, par Les Atomes Crochus et Les Attracteurs Etranges. Nous insistions alors sur l'extraordinaire potentiel pédagogique et incitatif de ce qu'il est permis de considérer comme l'un des plus beaux témoignages sur la chimie du XXe siècle.

Dans un registre plus contemporain, c’est dans ce même esprit que vient de paraître un ouvrage inédit aux éditions Le Cavalier Bleu. Intitulé Comment je suis devenu chimiste, il retrace les parcours de vie de 12 personnalités contemporaines de la chimie française [i], sous la forme d’interviews menés et retranscrits par un chimiste et un philosophe des sciences.

Ces textes abordent tout à tour les circonstances qui ont présidé à la vocation du (ou de la) spécialiste, son cursus et les événements qui l’ont influencé, les personnalités qui l’ont marqué(e), son apport à la chimie et enfin, le regard qu’il (elle) pose sur l’état actuel de cette discipline et de ses perspectives de développement.

Chaque entretien est enrichi d’encadrés, dont l’un est consacré à une œuvre artistique qu’il (elle) considère comme significative au regard de la chimie. Le tout est complété par une introduction analysant la nature et les évolutions du métier de chimiste [ii].


En avant première, découvrez-en ici [pdf] l'interview de Jean-Marie Lehn, l'introduction traitant des évolutions du métier de chimiste, la présentation générale de l'ouvrage sur le site de l'éditeur et la vidéo de l'interview des auteurs sur YouTube :



[i] Christian Amatore, Jacqueline Belloni, Bernadette Bensaude-Vincent, Yves Chauvin, Olivier Homolle, Jacques Kheliff, Armand Lattes, Jean-Marie Lehn, Jacques Livage, Andrée Marquet, Didier Roux, Hervé This (préface de Bernard Bigot).
[ii] A lire également : Lestel, L. Itinéraires de chimistes : 1857-2007, 150 ans de chimie en France avec les présidents de la SFC. Edition EDP Sciences – 2008.

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vendredi 6 juin 2008

« Tout » est chimique ?

Dans deux de nos chroniques précédentes, nous nous amusions à analyser l'usage que se font du mot "chimique" les non chimistes. Mais qu'en est-il des chimistes ? Bien sûr, le chimique, c'est leur rayon ! D'ailleurs, ne cherchez pas et écoutez-les, « tout » est chimique... L'air que vous respirez, le goût de votre café, votre peau, votre organisme tout entier... Tout !

Tout ? Avant de s'interroger comme il se doit sur cette « évidence », commençons tout de même par remarquer avec le didacticien de la chimie Roger Barlet, que les termes chimie et chimiste ne souffrent pas, dans la perception courante de cette discipline, des mêmes a priori que leur cousin "chimique". Il écrit notamment : « Le terme chimie évoque une science positive, créatrice de produits, omniprésente, utile et réparatrice, qui possède un champ scientifique, une pratique et un langage » et « Le terme chimiste évoque une profession honorable et intéressante » [i].

La raison nous en semble relativement simple : les deux premiers termes sont nettement moins ambigus que le troisième. La chimie, bien qu'à la fois science de la nature et industrie, tout autant descriptive de phénomènes naturels que productrice d'objets artificiels, est avant tout une activité humaine bien identifiée : celle qui a trait à l'étude et à l'exploitation de la structure, des propriétés, de la réactivité et des transformations de la matière. Le chimiste quant à lui, est identifié avec encore moins d'ambivalence, tout simplement comme celui qui pratique la chimie, qu'il soit enseignant-chercheur ou industriel.

Hélas, le mot « chimique » est nettement plus difficile à définir et à cerner dans ses multiples sens... "Chimique" qualifie sans aucun doute les produits et les objets de la chimie, les substances artificielles et les molécules de synthèse ; mais désigne-t-il également ce qu'elle se contente de décrire ? Certes le concept de molécule relève indéniablement de la chimie ; mais la molécule d'eau interstellaire, qui n'a pas attendu les chimistes pour exister, peut-elle sans hésitation être qualifiée de chimique ? Et pourquoi les astrophysiciens qui en décèlent la présence par leurs mesures spectrales ne pourraient-ils eux aussi en revendiquer l'attribution ? Certes les mécanismes cérébraux reposent sur des phénomènes physicochimiques de mieux en mieux identifiés, mais la pensée, la conscience, le langage, que certains considèrent comme les propres de l'homme, peuvent-ils pour autant être qualifiés de "chimiques" ? Et si à chacun de ces niveaux, de natures si différentes, la chimie a des choses à dire, est-il possible qu'il existe également différents degrés, différentes manières "d'être chimique" ?

Là pourrait bien résider la clé du problème. Car comme tout concept multiforme, l'adjectif "chimique" est sujet à des interprétations maladroites et fallacieuses, au point même d'en devenir flou dans certaines situations. Or les chimistes eux-mêmes pourraient bien porter la responsabilité de sa fatale ambiguïté. Tout est chimique... Vraiment tout ? Réponse dans la chronique du mois d'octobre.












Tout est chimique ?
Les émanations de méthane issues de l'élevage intensif : une pollution chimique ?
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[i] Barlet R., L'espace épistémologique et didactique de la chimie, L'Actualité Chimique, n°4, avril 1999.

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